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Judo, L’incontournable des Arts et du Spectacle au Rwanda

 

Silence ! Ici, on travaille. Le boss, c’est lui. Ce monsieur d’une humilité et d’une discrétion propres aux grandes âmes, qui se fond parfaitement dans le décor et  que l’on confond aisément avec ses employés. Chacun des éléments qui composent son être est programmé pour mettre sa personne au service des arts. Il est  ‘‘programmé’’ pour et ne sait donc  rien  faire d’autre. Dormant très peu et constamment sollicité (de plus en plus à l’étranger), c’est un homme débordé qui veut bien prendre le temps de boire un thé.

Stromae a Kigali, Photo: Jean KITOKO

‘‘Une bonne tasse de thé, c’est tout pour moi. J’écoute mieux le Zouk qu’il y a dans un coin du cerveau. Tenir une tasse me rend tolérant, savourer mon thé m’installe dans ce que je vis. Je me sens bien .J’aime les gens  bien.  La paix autour de moi, avec mon environnement, la paix avec le passé, le présent et le futur. Ma famille, ce sont les gens. J’aime la technologie et je vis dans les arts. J’en consomme énormément. Un dessin, un son, le ‘’non dit’’ et le ‘’tout dit’’ que révèle une œuvre d’art. Un bon concert organique.’’

Sa grande sensibilité artistique se justifie aussi par le milieu de son enfance (Bukavu, ndlr) et c’est entre 15 et 20 ans qu’il fait ses premiers pas dans l’apprentissage des métiers techniques. Judo en a fait beaucoup : multi médias, électronique et plus tard à travers ses voyages les moins évidents : à Palerme, Djibouti, Bangui ou encore Cologne, Kisangani, Lausanne, Durban, Marseille, etc. ‘‘ Je cours après quelque chose de quasi utopique : la perfection dans le travail, dans ce que je donne et dans ce que je reçois. En lutte perpétuelle dans ce monde avec la  quête obsessionnelle de mieux me faire comprendre.’’

Déçu, abattu, il l’est souvent, ce monsieur ‘‘vieux jeu’’ qui fait parti du cercle fermé des gens qui tiennent encore aux valeurs. ‘‘L’incompréhension quotidienne des uns envers les autres me fait mal….. A cause de certains individus qui se regardent trop le nombril et se prennent pour le centre du monde.’’

Tiken Jah FAKOLY, Photo: AFRIFAME.

Judo Kanobana a le même discours qu’un Lucky Dube ou Alpha Blondy (avec lesquels il a travaillé lors de leur passage à Kigali) en moins ‘‘acide’’ mais tout aussi pertinent et direct. ‘‘Je déteste les gens fausses et il y en a malheureusement de plus en plus.  Mégalos, mesquins, malhonnêtes, les injustes et l’injustice en soi. Je déteste l’ignorance. Surtout celui du respect du droit de l’autre.’’

 

Ce technicien des arts, de la lumière et du son qui participe souvent au Masa (Marché des  Arts du Spectacle Africain , ndlr), et co-organise Kigali UP Festival, est devenu une vraie référence au point qu’aucun évènement sérieux (bien souvent en dehors des arts) ne se passe plus des service d’Isaano Positive Production (sa structure, ndlr). Diplômé en Sciences Appliquées de l’Université Nationale du Rwanda à l’aube de l’an 2000, l’étudiant le plus populaire de sa génération est de ceux qui ont réussi à monter leur propre boite dans ce pays qui pousse de plus en plus la jeunesse à oser franchir le pas de l’entreprenariat.

Son carnet d’adresse est sans doute le mieux fourni du Rwanda, en matière des arts et du spectacle. Normal quand ses succès en terme de réalisations vont de Kassav’ à Akon ou encore Gaël Faye, de Tumi and the volume, à STROMAE et que le  Festival Panafricain de la Danse, le  Jamafest, le Jazz Day, Kigali Up, le Dinner en blanc et son propre  Festival ‘‘Isaano’’ ne sauraient se passer de ses services. Il en est fier, mais toujours avec une humilité rare, chez nous.

Il s’impose une discrétion sur certains sujets, notamment celui du jugement des autres. ‘‘Même quand certaines personnes sont ‘‘catégorisés’’ et font les frais d’une calomnie, je cherche à comprendre. Il y a toujours une bonne raison. Je me refuse de porter un jugement quel qu’il soit. La calomnie et la médisance sont ‘’le’’ sujet tabou que je ne transgresse sous aucun prétexte.’’

Fans au concert de Stromae a Kigali, photo: Jean KITOKO

Judo Kanobana, marié et père de deux garçons et une fille, est lui-même issu d’une famille de deux filles jumelles et de deux garcons. ‘’Nous avons eu la chance d’avoir une mère adorable, couturière et qui nous a pris à travailler avec nos deux mains. Elle a arrêté de fumer depuis peu. J’étais très attaché à ma grand-mère maternelle. Pour les valeurs sociales qu’elle a su m’inculquer et faire de moi l’homme que je suis devenu. Mon enfance a été caractérisé par une liberté qui m’a permis de découvrir beaucoup et de me protéger de la plupart des fléaux qui ont hélas ravagé d’autres jeunes gens de ma génération avec lesquels j’ai grandi.’’

Riche d’une expérience acquise en régies techniques et évènementielles et des stages à Liège, Johannesburg, Accra, Milan ou Paris, Judo a pour visée l’amélioration de l’environnement culturel et artistique du Rwanda. ‘‘Proposer  mieux et différent sur le plan du spectacle, de l’organisation, du son et de l’image. En faisant de ma structure Isaano Positive Production, un moyen au quotidien de parvenir à cette fin.’’

Arnaud N.

Arnaud N.

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